dimanche 19 juillet 2009

C'était les vacances - Nicole


Les textes de Nicole, Laëtitia, Alberte, Marie-Jeanne, Claudine et Magali ont été écrits pendant l'atelier d'écriture organisé par l'association "Serres et valats du Pompidou," pour les 17e Rencontres littéraires et artistiques, le 11 juillet 2009.

C'était les vacances, on allait au Pompidou. Ma tante et mes cousines étaient invitées. Papa avait chargé la voiture. Il restait encore la cocotte minute et le fer à repasser et, surtout, le millefeuille, le gâteau préféré de mon grand-père. Nous partions ensuite par Lasalle et le col du Mercou et nous nous arrêtions à l'entrée de l'Estréchure pour manger au restaurant, étape immuable avant d'aller jusqu'au Pompidou. Arrivés à la Loubière, nous passions saluer Albert, Julie et Madeleine.
"A bientôt, disait Julie, vous viendrez goûter un de ces jours."
Quelques virages plus haut, nous parvenions à la tranchée où chaque année on nous rappelait l'accident de vélo survenu quelques années auparavant à la postière du Pompidou. Ses freins avaient lâché et elle s'était tuée dans le ravin.
On arrivait enfin en vue du village, la grande bâtisse du père A. s'étalait devant nous, on passait le ruisseau de Bellevue, la forge, l'école. On était au Pompidou. C'était les vacances.

Chez Tata Marie - Alberte

Ma tante Lili et André vivaient dans la maison que nous occupons aujourd'hui. Chaque année, en été, mes parents nous amenaient pour un séjour de quinze jours chez Tata Marie, sœur aînée de ma mère. Nous nous retrouvions à quatre ou cinq cousins germains, et profitions pleinement de la liberté au Masbonnet. Le matin, c'était le petit déjeuner avec du lait de chèvre dans lequel nous trempions du pain livré par le boulanger du Pompidou. Tout cela avait un goût divin que je n'ai plus jamais retrouvé. Nous allions avec ma grand-mère qui gardait les chèvres et les brebis dans les prés fauchés qui répandaient une bonne odeur de foin sec et où nous courions, insouciants.
Grand-mère tricotait des chaussettes en marchant, sans regarder son ouvrage. Je m'échappais parfois pour aller chercher des champignons qu'il fallait cacher. Je mangeais des noisettes et j'en étais malade, affolant tout le monde dans la maison. Le soir, le hibou chantait… Nous en avions peur. Avec Lili, nous jouions aux pierrettes : grelit, grelot, combien ai-je de pierres dans mon sabot ? Le soir, c'était la fête à cinq ou six sur des matelas posés à même le plancher. Quelle patience avaient ma tante et mes cousins ! C'est là que j'ai commencé à aimer les Cévennes.

En route pour le jardin de grand-père - Laëtitia

Les matins d'été, quand ma sœur et moi étions levées depuis peu, notre grand-père partait déjà pour le jardin où il passait souvent toutes ses journées. Nous le regardions s'en aller coiffé d'une casquette, habillé simplement, et chaussé de chaussures solides pour la marche, accompagné d'Isis, son chien, quand ma grand-mère lui criait soudain de nous attendre. Nous étions encore petites mais nous comprenions qu'il fallait se hâter. Une fois préparées, nous descendions avec lui le vieil escalier, et comme presque chaque matin, nous entamions la marche vers le jardin. Tout en grimpant les petits chemins, il nous racontait que lui aussi les empruntait, alors que nous n'étions pas encore nées. Puis nous lui demandions comment avançait le jardin et avec plaisir, il nous disait que nous l'aiderions sûrement à arracher les premières pommes de terre.

Laëtitia, 14 ans.

Au grand sable avec Méménavette - Claudine

La main dans la main de ma grand-mère Marie, que j'appelais Méménavette, nous nous dirigeons toutes deux vers le grand pré, au bout du village, vers ce que j'appelle "le grand sable". Nous longeons la grande maison dite "Le chapeau rouge", à gauche, et à droite une autre maison, puis une courette, puis un pré, en contrebas d'une murette. Nous arrivons près de ce "grand sable". Il n'y avait pas encore de terrain de tennis à l'époque, mais sûrement un grand tas de sable où ma grand-mère – toujours indulgente – me permettait de jouer probablement avec un petit seau et une pelle, après avoir cherché un coin d'ombre. Il y avait toute une rangée de frênes, un tilleul aussi, je crois. Mémé avait certainement un pliant ou une couverture pour s'asseoir. J'étais très jeune et mes souvenirs sont flous, j'aimais cueillir des fleurs, des pissenlits ou des feuilles, mais mémé me défendait d'en prendre certaines : "C'est du poison, ne les prends pas".
Nous revenions à la maison – chez mémé – en fin d'après-midi, par le même trajet.

L'ascension de la carrière de Bourely - Magali

La révision de calcul s'est mal passée : j'ai confondu 2πR et πR2. Mon père est très mécontent, et je suis donc privée de la promenade que nous devons effectuer dans la voiture de ses amis. Seule Claudine sera autorisée à y aller l'après-midi. A deux heures, alors que les autres partent pour la balade, on m'impose de reprendre les maths… et je saisis enfin la différence entre la surface et la circonférence. Mes parents m'autorisent donc à sortir et m'invitent à suivre la route qui conduit au plateau pour aller à la rencontre des promeneurs qui redescendent de la Cam de l'Hospitalet. Mais la route est bien monotone. Je cours de l'Abeuradou à la Sablière et je suis fatiguée à l'avance en voyant de loin le tournant des Crottes.
Il existe un sentier que ma mère m'a fait suivre l'année précédente, il est taillé dans la roche, il serpente, il est bordé d'épineux, les cailloux roulent sous les pieds lorsqu'on le gravit. J'essaye de trouver "la passe" entre les branches. Mais elle est secrète… Pourquoi ne pas escalader le mur de la carrière ?
L'ascension commence aisément. Je sais lâcher une prise contre le rocher du moment que les trois autres sont assurées. Cependant le mur est haut, très haut. Mes mains griffent parfois vainement les pierres et mes genoux sont écorchés. J'évite de regarder vers le bas car on m'a appris à grimper sur les rochers de la Cam. Toutefois pour la première fois de ma vie, j'éprouve une peur physique qui me noue le ventre : peur de tomber, peur de me faire gronder, peur absolue et irraisonnée.
Tremblante et honteuse, je parviens à terminer l'ascension. Je marche sagement sur la route jusqu'à la ferme de la Borie ou Madame Boulet m'offre une tasse de café… que je refuse et qu'elle veut bien remplacer par un verre d'eau fraîche.
Je n'ai raconté à ma famille mon exploit de fillette de dix ans que bien des années après.

Le chemin de l'école - Marie-Jeanne

Neuf ans. J'arrive avec mes parents, ma cousine Hélène et mon petit frère à peine âgé d'un an. Nous aménageons dans une gare désaffectée qui nous ouvre toutes ses portes, celles de l'appartement, de la salle des guichets, de la salle d'attente, de l'atelier. Un monde immense s'offre à la petite fille que je suis et je me mets à rêver à toutes les parties de cache-cache imaginables. Tout autour, des oliviers, des oliviers à perte de vue, des oliviers si âgés qu'ils en avaient oublié les Romains qui les avaient plantés. Un ravissement. Mais la réalité aussi surgit : il faut aller à l'école, à deux kilomètres de la gare. Et ça grimpe, et ça tourne, beaucoup au soleil, les arbres, là, sont rares, un peu à l'ombre des grands eucalyptus, et d'autres que j'ignore. Il faut passer devant la station service des Alessandroni, grimper dur dur, faire coucou à la station électrique qui diffuse sa lumière dans toute la région. Le regard devient indifférent devant les dépôts de l'armée qui suivent immédiatement, mais pétille tout à coup, là ! La salle des fêtes, les bals, les projections d'un cinéma itinérant. Grimpe, grimpe, ma fille et souffle enfin sur un terrain plus plat. J'esquisse un léger détour en arrivant là, au niveau de l'abreuvoir où se trouvent toujours quatre ou cinq vaches très imposantes… et menaçantes à mon gré. Les arbres prodiguent leur ombre salutaire et réparatrice, surtout en été, et religieusement je ralentis devant la reproduction, oh ! surprise, de la grotte de Lourdes, et toute l'histoire de Bernadette envahit ma mémoire.
Encore un effort, passer devant le garage Daniel, et attaquer la descente aux enfers… Non ! à l'école ! Surplomber une cité ouvrière et voilà l'école, dans un bouquet d'arbres, et surprendre le murmure d'une rivière descendue du djebel.
Ici, nous aurions parlé de serres et de valats. En découvrant ce beau pays cévenol, je pense toujours, oui toujours, à mon pays du djebel Zaghouan que les Romains avaient investi, enrichi, embelli de leurs si beaux monuments.

jeudi 9 juillet 2009

Les balades écriture de l'été 2009

A l'occasion du Festival Nature 2009 du Parc national des Cévennes, Marlen Sauvage animera gratuitement des balades écriture pour tous publics (enfants à partir de 10 ans). Prenez de bonnes chaussures, un chapeau, une bouteille d'eau, votre repas, et bien sûr cahier et crayons ! Les animations ont lieu de 9h30 à 17 h environ. Pour vous inscrire, contacter Marlen : 04 66 44 07 82 ou Sylvie, Syndicat d'initiative de Ste-Croix : 04 66 44 70 41.


Sur le chemin des charrettes
Balade écriture dans la vallée de Gabriac, autour de l'histoire de l'architecture et de la soie en Vallée Française. Repas tiré du sac.Visite du Rivet, moulin de Gabriac, aujourd'hui tenu par Laurent et Laetitia.
Rendez-vous jeudi 16 juillet à 9h30 au parking de l'école de Sainte-Croix.
Date limite d'inscription : 14 juillet 2009.
Photo : collection personnelle de M. Vielzeuf.


Mémoire de pierres
Balade écriture sur le causse Méjan, à la chapelle Saint-Côme et au gîte du Fraïsse où nous déjeunerons (pique-nique 8 € environ sur réservation, ou repas tiré du sac).
Rendez-vous jeudi 30 juillet à 9h30 à la boulangerie du Mas-Saint-Chély.
Date limite d'inscription : 27 juillet 2009.


Légendes de pierres
Balade écriture dans la vallée de Trabassac, du moulin au château de la Devèze en passant par le Mas Chaptal et le gîte de La Roquette où nous déjeunerons (sur réservation, 12 € environ).
Rendez-vous samedi 8 août à 9h30 au parking de La Roquette.
Date limite d'inscription : 3 août 2009.


Mémoire de pierres et de soie
Balade écriture à partir de la lecture d'ouvrages locaux et de témoignages sur l’histoire de la Vallée Française, visite de la magnanerie de La Roque avec Jacques Bernard, artisan lissier. Repas tiré du sac. Coût de la visite de la magnanerie (5 € environ).
Rendez-vous dimanche 9 août à 9h30 et/ou jeudi 20 août au parking de l'église de Molezon.
Date limite d'inscription : 6 août et 18 août 2009.


Photo : http://www.lozere-visite-entreprise.com