Affichage des articles dont le libellé est Causse. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Causse. Afficher tous les articles

jeudi 27 août 2009

Mon petit tas de pierres, Elia



Photo : DR

C’est le soir, une nuit d’orage.
Le tonnerre éclate au lointain, les éclairs fusent en brûlots incandescents dans le noir. Une pluie diluvienne s’abat sourdement contre la porte d’entrée.
Dehors, la bourrasque tournoie, s’apaise par moments et revient à la charge en vagues saccadées.
Le vent rugit, trépigne, s’infiltre en sifflant entre les pierres disjointes des vieux murs.
Sur le toit, les lauzes s’ébranlent mais résistent…
L’immense frêne, gardien des lieux, plie, gémit, se redresse, se cambre et se laisse emporter au pas de cette valse lancinante.

Les éléments se déchaînent… C’est une belle tempête, comme je les aime !
La chevêche s’est blottie dans le fenestrou, mon chien s’est réfugié dans l’alcôve. La voûte pleure en une myriade de stalactites qui gouttent et s’étalent en flaque au pied de la cheminée de guingois…
Assise à même le sol, sur les dalles tiédies par la chaleur de l’âtre, j’écris à la lueur d’une bougie… Il n’y a pas âme qui vive à la Retournade et je me sens bien, à l’abri dans ma petite maison de pierres.
Le temps s’est figé dans l’immensité cacophonique de ce désert de calcaire et je frissonne d’un plaisir égoïste… La solitude, quel bonheur !


Mon clapassou, mon petit tas de pierres, ma maison…

Dans la nuit, Elia



Photo : ©Adri
http://www.flickr.com/photos/otge/

Dans la nuit, le Causse soupire,il semble, non, il jouit avec la lune au sein du chaos de pierrailles qui se meut en vagues minérales à l’infini.
Les cheveux d’ange ondulent sous la caresse du vent.
Matin et soir, sac et ressac de tendresse planent au-dessus des herbes sèches.
Les lauzes, brûlées par le soleil, s’étalent lascivement sur l’échine de la voûte céleste.
A l’infini, les ventres nuageux sucent l’ocre du calcaire : je ferme les yeux au chemin de tes pas.

J’ai rêvé du néant, rompu les chaînes du quotidien et frissonné au passage aérien de l’apollon… Plaisir irréel d’un autre monde ce jour-là : le ciel était mauve, zébré de bleu électrique. Je me suis enfouie lascivement dans les entrailles de l’aven.
Mes pensées valsaient en zone interdite tout au fond de ton monde souterrain et la terre dégustait les mots que je te destinais…

Je n’oublierai jamais. Toi, tu as poursuivi ta route, le regard dans les étoiles et je me suis endormie, dans ce paysage, où seules les pierres pensent..

A l’oreille du Causse, Elia




En cette fin de journée, les grillons stridulent, s’époumonent à retenir le soleil.
Les oiseaux pépient, s’interpellent pour observer un silence consterné au passage sonore et métallique d’un avion.
Le temps s’arrête à l’écho des moteurs qui résonnent lourdement dans la moiteur des rares nuages.
Soudain, l’appel d’un bruant jaune, aigu, ponctué, régulier, reprend le ballet mélodieux auquel se joignent gaillardement tous ses congénères. Les mouches bourdonnent, vrombissent en quête d’une nourriture sucrée dans le léger sifflement de l’air où se décalquent les murmures lointains d’une conversation – un volet claque – des pierres gémissent sous les roues d’une voiture qui arrive…
Les sons se massifient lentement dans l’immensité calcaire sous le fondu ruisselant d’un robinet qui fuit, les casseroles tintent en cuisine, bruissement des pages refermées d’un livre… La radio s’éveille au journal du soir… C’est l’heure de passer à table.

Photo : M. Sauvage

mercredi 26 août 2009

Haïkaï, haïku… sur le Causse, Elia




Clapas et herbeux
Se partagent l’espace
Dans la lumière dorée

D’un vol saccadé
Au lointain une hirondelle
Sillonne le ciel

Herbes vibrantes
Séchées au vent d’été
Ondulantes, riantes


Lindos au soleil dormait
De douleur a pleuré
Elizabeth apaisée

Sur une pierre
Une fourmi fatiguée
Guettait sans gaieté

Maurice et Lionel
A la limite du ciel
Les pensées m’emmiellent

Ventre de la terre
Piquets pointus érigés
Ciel grevé de nuages

Photo M. Sauvage