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jeudi 2 septembre 2010

Le Causse, le Tarn, impressions et mots collés, Pascale Filliau


©photo : M. Sauvage
Maisonnettes de contes de fée où les voûtes abondent. On les imagine sous la neige ou embaumées d’origan, cachant les mensonges qui risquent de naître en une longue montée. La roche affleure à mille points du hameau, couverte de lichen. Oserai-je me mêler de cette histoire trouble et claire ? Oserai-je la raconter ?
En ces temps là, penchée au bord de l’abîme, la famille regardait toute la hauteur qui la séparait du fond de la vallée. Sortant de sous les fanes flétries, elle allait être emportée par le courant. L’eau de la rivière scintillait au loin, siège de la civilisation contre la barbarie. Leur dernier nid avait été une grotte plongeant sous le plateau. Ce n’était que minéralité, et pourtant loin d’être un désastre végétal, des cardabelles poussaient dans les creux. On avait la nostalgie et le désir de ces grottes habitées.
Comme au temps de la préhistoire avant l’édification des bergeries, un décor de colonnes de rochers comme des oriflammes, une harde de cerfs dans la lumière du soir.
Au milieu du désert après avoir serpenté de virage en virage on ne trouve que solitude paisible parmi les ombres gigantesques. Au-dessus des buissons de genévriers le vent se lève, l’orage gronde, les éclairs lacèrent le ciel, c’est l’escalade. Dans un décor cubiste persiste un vent sec et pointu.
Dans la chaleur des ocres recuits de soleil, des roches blanches comme des ossements, au plus chaud de l’été, aboiement des corbeaux, un vautour plane.
Peyre, un village de pierres, creusé, bâti à flanc de falaises ; qui en avait eu le premier la vision, comme une exurgence reflétant les lointains tremblés du soleil sur le plateau ?

mercredi 25 août 2010

Ecrire pour le plaisir


©photo Chris Campbell

Ils écrivent pour le plaisir deux fois par mois pendant trois heures, pour certains depuis plus de six ans ! Le groupe d'ateliers "réguliers" compte sept personnes qui se retrouvent à la bibliothèque municipale de Florac, hébergés grâce aux Amis de la bibliothèque. Nous avons fêté le dernier atelier de juin autour d'un repas, chez l'un des habitués.

©photo desparlsp

mardi 10 août 2010

Mémoires de pierres, balade écriture

Balade écriture dans la vallée de Trabassac, du moulin au château de la Devèze en passant par le Mas Chaptal et le gîte de La Roquette où nous déjeunerons (repas tiré du sac). Nous écrirons à partir de la lecture d'ouvrages locaux et de témoignages sur l’histoire de la vallée.

Rendez-vous mercredi 18 août à 9 h 30 au parking de La Roquette, à Molezon. Renseignements à l'inscription. Fin de l'escapade autour de 17 h. Prenez de bonnes chaussures, un chapeau, une bouteille d'eau et bien sûr cahier et crayons ! Tous publics. Enfants à partir de 10 ans.
Date limite d'inscription : 16 août 2010.
Pour vous inscrire, contacter Marlen au 04 66 44 07 82 ou lesateliersdudeluge@orange.fr
Ce stage requiert la participation de 5 personnes. En cas d’annulation du stage, nous vous restituerons le montant versé. javascript:void(0)

mardi 29 juin 2010

Le costume de bain, Monika Espinasse

C’est une photo de vacances, pendant notre premier voyage à l’étranger avec la coccinelle que mes parents avaient achetée cette année-là. Sur un camping en Italie, je suis debout à côté d’une tente familiale. Je n’ai plus mes nattes, les cheveux sont courts, à la mode, coupés en bol effilé. Je porte un costume de bain que ma mère a cousu elle-même. Il est en tissu coton gaufré, couleur mer, turquoise presque vert ; le haut est ajusté, bien formé, les bretelles fines sont nouées autour du cou, la taille est allongée, et à partir des hanches, la culotte devient bouffante, un peu comme le costume des pages au Moyen Age. Je suis à l’aise, bronzée, heureuse d’être au soleil, et je me sens bien dans ce costume qui affine ma silhouette et qui me permet de bien bouger. La mer est toute proche, je ne tarderai pas à y plonger.

Souvenir du quotidien, Monika Espinasse

L’intérieur était blanc. Les sous-tasses étaient assorties ainsi que les assiettes à dessert. Nous étions six à nous en servir tous les jours et chacun avait choisi sa couleur et s’y tenait. Même si nous les remplacions les jours de cérémonie par la vaisselle blanche, plus élégante, ces tasses faisaient partie de notre vie et ont duré une éternité. Et malgré les années, les déménagements, il me reste encore une assiette à dessert, mauve, la mienne, qui m’a accompagnée toute la vie. Et quand je m’en sers, j’éprouve une certaine tendresse qui remonte à mes années d’enfance et au sentiment de «Gemütlichkeit», c’est-à-dire être ensemble en famille autour de la table.

vendredi 19 mars 2010

Le rêve du vieux Corse, Denise Rocher

Le vieux Corse dans l'obscurité et la fraîcheur de sa maison de Sartène voudrait bien atteindre son bol et boire son lait. Mais une vague ocre l'en empêche. Il n'ose pas tendre la main car il pense qu'il s'agit là de sang. En fermant les yeux, il revoit la Camargue où il est allé, un jour, en voyage, et où il a vu des oiseaux à longues pattes se mirer dans l'eau près des ajoncs. Mais lorsqu'il ouvre les yeux, toujours ce sang le sépare du bol. Il devrait sortir et s'asseoir sous l'arbre devant sa maison, mais il est comme paralysé, et ni le souvenir de la Camargue, ni l'idée de l'ombre du tilleul n'arrivent à le détendre. Peut-être quelqu'un viendra-t-il frapper à sa porte et le réveiller, alors il s'apercevra qu'il s'est endormi, mal assis, qu'il souffre de courbatures partout et que… tout cela n'était qu'un rêve.

La fève bleue, Anne Lavenant

Trois éléments déclencheurs pour cette suggestion : deux photos dont une collée sur un carré de bois, à décrire et une de pommiers ; le dessin d'une "drôle de cosse bleue". Il s'agissait ensuite d'imaginer une histoire à partir de ces trois images.

Premier texte :
Il s'agit d'un tableau carré de 20 x 20 cm. Une photo prise en plongée, qui a été retravaillée comme une photo ancienne, sombre et froissée. On y voit une femme assise à une table de bois, qui écosse des fèves. Elle est brune, les cheveux relevés en chignon. Elle porte une robe rouge décolletée qui laisse voir sa peau dorée et ses bras nus. A son annulaire gauche, une alliance dorée. Elle tient entre ses mains une cosse de fève. Devant elle, sur la table, une vingtaine de cosses sont entassées, quelques fèves sont déjà écossées. A sa droite, un verre à pied, dans l'ombre, contient un liquide rouge sombre. De part et d'autre du verre, trois tomates sont posées là ainsi qu'un bol en terre. En face de la femme, de l'autre côté de la table, légèrement sur la droite, il y a une autre chaise. On aperçoit au sol le pied gauche de la femme sur les grandes dalles de carrelage clair.

Deuxième texte :
Elle avait attendu le printemps avec fébrilité parce qu'à la fin de l'été, elle avait rencontré une drôle de petite fille qui lui avait dit qu'elle trouverait la réponse à ses interrogations dans une cosse de fève… Cela l'avait beaucoup intriguée. Qui était cette petite fille au regard sérieux et profond qui se promenait sur la plage ce soir-là ? Et pourquoi s'était-elle arrêtée devant elle longuement en la regardant ? Elle n'avait pas osé l'interroger, c'est la petite qui lui avait souri et lui avait dit : "Je sais des choses dans le cœur des grandes personnes, veux-tu savoir ce que je vois chez toi ?". Tu feras un choix qui déterminera ta vie, alors attends le printemps et tu trouveras la réponse en épluchant une cosse de fève. Puis la gamine avait ri et s'était enfuie en courant.
Elle n'avait alors pas attaché d'importance à cette rencontre. Mais dans l'hiver, elle s'était trouvée devant un dilemme… Quel choix faire ? Et la phrase de la petite fille lui était revenue… Et si elle attendait le printemps pour se décider ? Aussi quand les pommiers ont refleuri, elle est allée au jardin et a guetté les tiges des fèves jusqu'à ce que les cosses se forment et gonflent, prêtes à être cueillies.
Elle a rapporté sa cueillette à la maison et s'est mise à l'écosser. Elle adorait les fèves fraiches, crues, avec un morceau de pain beurré… Et là, quelle surprise ! En ouvrant cette cosse, une fève d'un beau bleu jaillit de son écrin et tomba sur la table. Elle sut tout de suite que c'était là le signe annoncé par la petite fille et le choix qu'elle devait faire… Elle serait infirmière et non sage-femme, en effet elle hésitait depuis la rentrée quant à son orientation, car il fallait déposer les dossiers d'entrée dans les écoles avant le mois de juin. Jusque là elle avait envisagé les deux orientations sans parvenir à se décider. Mais la couleur bleue de cette fève extraordinaire lui indiquait clairement qu'elle serait infirmière car les élèves infirmières portaient une blouse bleue la première année, alors que les élèves sages-femmes portaient une blouse rose !

mercredi 17 mars 2010

Une cage d'étoiles, Monika Espinasse


Le 10 mars 2010 avait lieu une séance d'initiation à l'atelier d'écriture, dans les locaux de la bibliothèque de Florac, et à l'initiative des Amis de la bibliothèque.

Monika Espinasse a signé le texte qui suit, rédigé en une vingtaine de minutes sur une suggestion au croisement du réel, de la mémoire et de la fiction.



Elle était enfermée dans une cage pleine d’étoiles et de fleurs bleues. Elle était triste. Il n’y avait personne pour l’aider à en sortir. Même la jolie coiffe de plumes sur sa tête ne lui était d’aucun secours. Arlequin aussi était parti. Il lui avait promis de revenir, lui avait même laissé un calendrier pour qu’elle pense à lui, mais elle n’avait aucune nouvelle de son retour.

Alors elle s’échappa en rêve. Elle monta sur la plus haute crête pour le guetter. Elle suivit un sentier de plus en plus raide, escalada la pente de sable blond. Ses pieds s’enfoncèrent dans le sol tout mou. Elle peinait, mais elle continuait à monter. Tout en haut, le ciel bleu l’enveloppait, le soleil l’aveuglait et courbait ses épaules. Elle flottait dans l’air. De là-haut, elle pouvait voir partout, les paysages comme les gens qui – minuscules points dans ce vaste monde – vaquaient à leurs occupations. Elle voyait tout, mais elle ne trouvait pas Arlequin parmi eux. Découragée, triste, elle descendit de cette montagne si haute, si belle, si dorée, elle glissa, glissa le long de la pente. La montagne se mit à chanter doucement…

Elle se réveilla en sursaut, en pleurs, dans sa cage pleine d’étoiles et de fleurs bleues. Arlequin était là. Il avait réussi à trouver la clef de la serrure qui enfermait sa douce amie. Il ouvrit, la prit dans ses bras et la consola. Puis ils partirent loin, loin de la cage sur la montagne dorée où les fleurs bleues poussaient dans la terre et où les étoiles brillaient dans le ciel.

Droits réservés pour cette photo issue du site http://www.photo-fotos.com/

Un abécédaire avec des CP



Bruit de pages



Ils ont aimé ça les petits CP de l'école publique de Florac, revoir l'abécédaire, en fin d'année dernière, sous une forme ludique et imagée ! Le projet était celui de deux institutrices qui ont fait appel aux Ateliers du déluge pour animer les jeux d'écriture, à un plasticien pour les travaux de land-art, et à l'association Kaméléon pour la fabrication d'un livre réunissant l'ensemble des travaux.



Pour être plus précise encore, ce projet s'inscrivait dans une manifestation initiée par la Bibliothèque départementale de prêt de la Lozère, "Bruit de pages" dont l'objectif est de diffuser la connaissance sur le territoire lozérien en allant à la rencontre du public. En travaillant avec les bibliothèques du département, aussi. La bibliothèque de Florac était donc partenaire de cette initiative. Pour cette première édition de Bruit de pages, la thématique proposée était celle de l'environnement.



Petite promenade dans l'imaginaire des enfants des classes de Isabelle Agulhon et Anne-Lyse Mazauric

G comme Greffe
L’arbre-musicien jouerait de la musique dans le vent
Le caillou-magicien transformerait en bonne terre tous les cailloux du jardin
La rivière-pompier éteindrait tous les feux
La feuille-pâtissière fabriquerait des mille-feuilles !

Z
ZZZZ… ZZZZ… Ce matin-là, Aziza, la petite abeille à la robe rayée jaune
et noire, sortit de la ruche pour butiner quelques fleurs. Assoiffée, elle but une goutte d’eau sur une feuille de maïs et se sentit mal. Un bourdon,
qui vit tomber la petite abeille, la rattrapa et prévint la colonie. Les abeilles décidèrent de quitter la ruche, et l’essaim s’envola vers un jardin biologique où les propriétaires n’utilisaient pas de pesticides. Comme les propriétaires avaient une ruche vide, celle-ci accueillit les abeilles de la colonie.

jeudi 9 juillet 2009

Des ateliers en vacances

Les ateliers d'écriture qui ont réuni 6 participants assidus à la bibliothèque de Barre-des-Cévennes (local de Barre Parallèle) depuis septembre 2008 cesseront momentanément leur activité le 22 juillet 2009.

Rendez-vous à la rentrée de septembre !

Si vous êtes intéressé, contacter Marlen au 04 66 44 07 82 ou par mail lesateliersdudeluge@orange.fr

jeudi 8 janvier 2009

Métaphore intime

Je suis un peu la métaphore d’une pomme de pin à la fois ouverte à tous vents et soigneusement refermée sur soi à la base, à la rumeur sourde d’où émergent jour après jour de multiples formes prenant peu à peu ou non signification… de même que les graines s’échappent quand l’air est chaud et sec, de même les mots ont jailli pendant des années de ma bouche à la lumière d’un tableau de classe sur lequel, le cours terminé, on ne déchiffrait au maximum que quelques mots en flèches ayant illustré la magie du savoir à l’œuvre à travers une parole captivée par son devoir. L’appui de cette magie était le silence demeuré compact sur ses bases sans jamais de plan préconçu autre celui que pas un seul, de ces heures, n’en réchapperait intact. La structure est une énigme et doit le demeurer mais elle seule est là, forme captive de tout ce qu’elle aura laissé échapper.
©Pierre Sève

jeudi 18 septembre 2008

Un banc pour écrire…



Illustration ©Marc Guerra

Les prochains rendez-vous d'écriture auront lieu à Barre-des-Cévennes, dans le local dit "Le banc". L'association Barre parallèle nous offre son décor, une jolie petite bibliothèque associative, pour écrire en groupe et partager nos textes.

Les ateliers se dérouleront tous les 1ers et 3e mardis du mois à partir du 7 octobre.
Le tarif est de 20 €/mois, ou 5 €/1h30.

Le groupe est limité à 8 personnes. Merci de vous inscrire auprès de :

Marlen au 04 66 44 07 82.

Ecrire en atelier


©M.Guerra

Pourquoi écrit-on ? Pour qui ? Pour soi, souvent, jusqu'au jour où l'on éprouve le besoin de confronter son écriture à l'écoute des autres. On se dit "pourquoi pas ?" et dans le même instant, "à quoi bon ?". C'est là qu'il faut franchir le pas et s'aventurer à écrire en groupe ! Car rien n'est plus libérateur que de partager ses questionnements, ses hésitations, ses doutes mais aussi ses moments de grâce.

Il y a bien sûr ceux qui n'écrivent pas et qui aimeraient écrire, qui se disent fâchés avec l'écrit, avec la lecture, avec l'orthographe, leur imaginaire, que sais-je. Et qui pourtant sont titillés par cette envie de dire sur le papier… Première chose à savoir : le jugement n'a pas sa place en atelier. Deuxième chose : personne n'est obligé de lire ses textes. Chacun y vient avec le temps, à son rythme, selon son assurance, et c'est cela que favorise l'écriture en groupe.

Comment se déroule un atelier ?

Il commence par une suggestion d'écriture éclairée par la lecture de plusieurs textes d'écrivains, se poursuit avec un temps d'écriture, puis est suivi de la lecture des textes à haute voix. Aux commentaires des participants se conjuguent les retours de l'animateur sur les pistes à explorer, éventuellement. Car écouter les autres, commenter leurs textes, comprendre aussi comment nos propres écrits résonnent pour d'autres, c'est apprivoiser son écriture, c'est aussi devenir un meilleur lecteur.

Les propositions d'écriture concernent la mémoire, l'écriture de soi, l'autobiographie, certes, mais aussi la fiction ; elles se situent souvent au croisement du réel, de la mémoire et de l'imaginaire.
Marlen Sauvage

mardi 12 août 2008

Si c'est pas dommage, par Marthe Janssen


Les deux textes suivants sont restitués tels que rédigés en atelier, durant une demi-heure environ. Ils répondent à la troisième suggestion d’écriture (travail de point de vue) proposée lors de l’atelier du 4 août, à La Roquette, Molezon (48).
©delphineR2M

Si c’est pas dommage, une belle jeune fille comme ça, si jolie, si jolie. Oh mais là, elle était pas bien belle à regarder !
Ça faisait quelques jours que les événements s’étaient passés. Personne n’osait sortir, vous pensez bien ! Entre les camisards qu’on disait assoiffés de sang, et les gens d’armes qui tiraient sur tout ce qui avait deux jambes, il faisait pas bon mettre le nez dehors ! Moi, au bout d’une semaine, j’en pouvais plus de rester terré avec la Jeanne. Et puis je voulais manger autre chose que des châtaignes ! Faut dire qu’y a pas meilleur que moi pour ce qui est de poser des pièges et je pensais à tout ce beau gibier qui devait pourrir, ça me fendait le cœur. Alors au bout d’une semaine donc, je suis passé outre les protestations de ma femme, j’ai pris ma biasse et je suis sorti. Je suis remonté le long du vallon, j’étais pas bien rassuré mais j’avais faim, voyez-vous, et ça, ça donne des ailes comme qui dirait.
En contrebas du château, j’avais mes premiers pièges à relever, j’y courais presque ! Et là, j’ai pas bien compris d’abord ce que je voyais : dans les châtaigniers, sur les pierres, dans les bouscas, des taches blanches, je distinguais pas bien et puis j’ai vu ! C’étaient des chemises, des culottes, des caracos, des mouchoirs suspendus, déchirés mais reconnaissables quand même. On aurait dit que les arbres s’étaient habillés pour la circonstance.
Alors je l’ai vue, tournée face contre terre, elle était tombée juste à côté d’un collet, un lièvre y était pris. Du coup, ça faisait deux victimes qui avaient l’air de se parler dans la mort, elle, Thérèse qu’elle s’appelait, et le lièvre qui avait pas de nom.
Pour ce qui est du lièvre, je sais m’y prendre avec les collets, et pour sûr qu’il avait pas eu le temps de souffrir, clac d’un coup, en se débattant il était mort. Mais elle pour sûr, elle a dû se débattre aussi, mais elle est sans doute pas morte d’un coup : pensez donc, tomber sur une demi-douzaine de furieux, de la haine plein le cœur et les mains. Pauvre petite…
Il paraît qu’elle s’ensauvait pour rejoindre son promis plus bas dans la vallée, elle avait emproté son trousseau dans un baluchon. Son trousseau ! Des années à broder, et tout ça pour un fiancé qui ne la prendra jamais dans ses bras.

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Je ne veux plus dormir, plus jamais ! Chaque fois que je m’endors depuis cette nuit maudite, je revois tout en rêve, tous les détails et ses yeux et ses cris ! Non, non, je ne veux plus jamais dormir.
Je veux bien raconter une dernière fois, mais c’est pour m’en débarrasser et puis comme ça, vous saurez. Ce soir c’est décidé, je vais mourir, tout est dans la grotte derrière chez moi, la corde, le nœud, le tabouret. Moi je sers au château, ma famille est pas bien riche, alors ça fera une bouche de moins à nourrir. Mais ces messieurs-dames sont catholiques et pour servir chez eux, l’a fallu que j’abjure la mienne de foi. Mais quand on a faim…
Quand ils sont arrivés, les Camisards, ils ont mis le feu et pourchassé tout le monde à coups de fourches et de faux, et puis y’en a un qui m’a reconnu. « C’est le petit du Villaret » qu’il a dit. « Cest un des nôtres, pas vrai, petit ? ». Oui, j’ai dit oui, bien sûr que j’ai dit oui ! Et que les Darnal c’étaient des salauds ! C’était pas tant vrai, un peu hautains mais pas tant méchants. Enfin, il valait mieux que ce soit eux que moi, je pensais. Alors j’ai crié avec les autres, moi aussi, j’ai frappé avec une serpette qu’on m’avait mise en main.
Quand tout brûlait et que toute la maisonnée a été massacrée, on est parti, moi avec les autres, les pierres de la cour étaient toutes rougies comme quand c’est les mûres et qu’elles éclatent par terre, des tâches rouges, mais c’était du sang.
On a pris le sentier, on marchait en silence, comme si toute cette sauvagerie nous avait assommés. Et pouis le grand Sauveterre qu’a des yeux de rapace, il l’a vue, je sais pas comment parce qu’il faisait déjà bien sombre, à croire qu’il l’a sentie. La pauvre petite, elle se terrait dans un tronc creux, son baluchon serré dans ses bras.
Et là, la sauvagerie les a repris, à croire qu’ils en avaient de reste. Ils l’ont sortie de son tronc, lui ont arraché son ballot et toute sa lingerie est tombée au sol ; tous ses fins tissus qu’elle avait brodés pendant des heures, tout son linge, c’était pire que si elle avait été nue ! Et eux, ça les a excités… Et pis… et pis… non je peux pas dire… le pire c’était ses yeux, elle ne regardait que moi, son petit paysan, comme elle m’appelait. Elle avait toujours été gentille avec moi et moi je ne pouvais rien faire, ils m’auraient massacré comme ils avaient failli le faire déjà au château. J’ai regardé et j’ai rien fait et maintenant tout ça est dans ma tête et ça prend toute la place et je ne pourrai plus jamais dormir, plus jamais.

Thérèse, par Cathy Vagnon


©JL62

C’est moi qui ai tué Thérèse, la petite Thérèse aux cheveux d’or, si belle, si douce… C’est moi, je l’avoue. Quand vous trouverez cette lettre, je serai mort à mon tour et je la rejoindrai enfin, enfin…
Je revois cette nuit chaude, le ciel, un vrai champ d’étoiles, les compagnons, les Camisards avançant en silence sur le sentier de la Roquette vers le château de la Devèze pour y mettre le feu. On ne les aimait pas, c’est sûr, ces gens qui nous en mettaient plein les yeux, ces Catholiques, ces gens venus d’ailleurs pour nous faire suer et travailler comme des bêtes, mais parmi eux il y avait une fleur, ma petite fleur des Cévennes, ma source, ma joie, elle, Thérèse la catholique.
Thérèse allait partir, ça se savait dans la vallée. Tout se sait ici, et moi je restais.
Thérèse allait se marier et c’était ce soir-là qu’elle avait choisi à cause de la clarté des étoiles. C’était trop dur, je ne pouvais l’imaginer dans les bras d’un autre, alors sur le sentier de la Roquette, j’ai laissé mes compagnons passer devant, j’ai attendu. Au loin des cris, puis les flammes, des coups de feu, l’enfer, et je l’ai vue, elle, une apparition sous les étoiles en feu, ses bras croisés retenant son trésor. La blancheur des draps, brodés depuis tant d’hivers. Elle était sauve, immaculée, elle m’a souri, je ne voulais pas laisser s’envoler la colombe, mes mains ne semblaient plus m’appartenir. Je vois son peitt corps si frêle, son cou… J’ai serré, serré, le ciel s’est obscurci.
Alors j’ai porté son corps sans vie près du petit puits, le feu n’allait pas tarder à la rattraper, et je me suis senfui.
De trop d’amour, je l’ai tuée lâchement, laissant porter la faute à mes compagnons.
Que le dieu de Thérèse me pardonne et que le mien m’accompagne.
Signé : Jean des Tourelles.

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Un ancien parle

On a dit que Jean des Tourelles avait tué la petite Thérèse, mais tout ça c’est des histoires.
C’est rien qu’une affaire de gros sous. Les parents de la petite Thérèse étaient catholiques, ça on le sait, mais ils étaient surtout très riches et par ici, ça plaisait pas bien ces gens de la haute. En plus, elle allait se marier bientôt avec le Raoul de Molezon qui, lui, tout le monde le savait, était un protestant qui s’était nouvellement converti au catholicisme, et ça, ça mettait en colère bien des gens. Alors les Camisards y ont voulu faire un exemple, des fois que d’autres y aient la même idée, y ont choisi la Thérèse, la pauvre petite môme. Ils savaient que la Thérèse allait partir la nuit du 7 juillet avec sa dot qui comme vous vous en doutez était plutôt bien garnie.
Les Camisards ce soir-là ont mis le château à feu et à sang pour couvrir le crime de la Thérèse et ces salauds se sont partagé la dot. Et c’est Jean des Tourelles qu’avait été choisi pour cette sale besogne. On a retrouvé le corps de Thérèse à moitié calciné près du vieux puits, mais sa dot avait bel et bien disparu.

L'arbre aux pleurs, par Thierry Costa



©ZR
Le récit suivant s'inspire – sans y répondre ! – d'une suggestion d'écriture proposée pendant l'atelier du 4 août 2008, sur le sentier de la Roquette, à Molezon (48). Il s'agissait de réinventer un lieu existant et sa légende, à partir des noms de lieux traversés.

A chaque fois que je me perds dans les Cévennes le long d’un sentier couvert de genêts d’où j’entends parfois gronder un gardon ténébreux et fantasque, je me sens empli d’une sensation de bonheur, de légèreté et de bien-être. Alors que m’arriva-t-il ce jour-là quand, m’asseyant au pied d’un arbre, je fus saisi d’une telle nostalgie que, malgré moi, je me mis à fondre en larmes ?
C’était un très vieil arbre couvert de mousse qui semblait lancer ses branches mortes dans toutes les directions comme des bras décharnés appelant au secours. De retour au village, je demandais à un vieil homme comment s’appelait le sentier que j’avais suivi. Il me dit qu’il le connaissait depuis toujours sous le nom de « la sente de l’arbre aux pleurs » et me conta cette histoire incroyable.
C’était un sentier maudit, maudit pour les amoureux.
Il y a longtemps un couple d’amoureux emprunta ce sentier. Arrivés devant cet arbre qui offrait à l’époque une ombre fraîche et généreuse, ils décidèrent de graver sur le tronc, dans un cœur, les initiales de leurs deux prénoms : T, pour Théophile ; F, pour Fernande.
Théophile se saisit d’un morceau de schiste bien aiguisé et commença une première entaille. Aussitôt, l’arbre se mit à saigner, à saigner d’un rouge bouillonnant. Les branches soudain s’affaissèrent et les fruits tombèrent les uns après les autres.
Les deux amants furent pris de panique et voulurent s’enfuir mais les branches se mirent à s’agiter dans tous les sens, les empêchant de s’évader.
Soudain une branche se détendit brusquement et propulsa Fernande dans le vide. On la retrouva plus tard, flottant dans une gorge du gardon en contrebas, le crâne fracassé. Théophile fut alors emprisonné dans un entrelacs de branches qui l’emportèrent au sommet de l’arbre où il resta pendu, pleurant et suppliant, pendant dix jours et dix nuits, avant d’être dévoré par les fourmis et les corbeaux.
Depuis, par certaines nuits sombres, on croit encore entendre les supplications et les râles venus de la sente de l’arbre aux pleurs, et plus jamais aucun amoureux n’a osé emprunter le sentier maudit.

J’ai entendu les cris des Camisards, par Charlotte Léo


Les textes suivants ont été écrits par Charlotte Léo pendant la balade écriture du 4 août 2008, sur le sentier de la Roquette, à Molezon (48). Ils répondent à la suggestion d'écriture concernant le point de vue.
©fredcan

Moi, Julien d’Arnal, je sais, moi j’ai vu, j’ai entendu les cris des Camisards, les hurlements de haine, les coups de fusil. Ce jour-là, j’étais parti dans la forêt sachant que ma sœur devait quitter notre château pour s’en aller marier, je voulais lui faire en cadeau un beau lapin tout chaud avant de lui dire adieu, j’avais dix ans. Depuis la forêt, j’ai entendu des cris et puis au loin il y avait une fumée noire qui s’échappait du château. J’ai couru, couru, presque arrivé à la fontaine, je me suis caché dans un arbre et par le trou j’ai vu deux hommes tout noirs, là, moi, j’ai vu, par le trou ma sœur Thérèse allongée au pied de la fontaine, un homme en noir lui tranchait la gorge pendant que l’autre lui tenait les jambes, j’avais peur, tout mon corps tremblait. Là j’ai vu ma sœur morte, son corps pâle dans une mare de sang noir et Pierre, le garçon de la ferme qui dormait à ses côtés, que faisait-il là ? Moi j’ai vu, mais le silence m’a emporté.

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Depuis ce jour, moi Thérèse d’Arnal, j’ai quatorze ans à jamais. Belle, fraîche, assise sur ma mule qui m’emporte vers une nouvelle vie. Mon cher Père m’a obligée à quitter le château pour retrouver mon futur époux que je ne connais pas. Nous sommes en pleine guerre ici en Cévennes et mon père craint à tout moment une attaque des Camisards, voilà la réelle raison de mon départ précipité. Sachant que rien ne pourra empêcher mon mariage, je pleure, j’aime Pierre et jamais je n’aimerai cet inconnu. J’avais dit à Pierre de me rejoindre à la fontaine ; en arrivant, Pierre était là, inanimé, la tête plongée dans l’eau, une frayeur m’envahit, Pierre…
Je sentis mon corps partir en arrière, entraîné par des griffes puissantes. Deux hommes hurlaient en arrachant mes vêtements, mes cris étaient sourds, et puis avec une violence bestiale, ils me traînèrent par les cheveux jusqu’à la fontaine. J’essayai de m’agripper au corps de Pierre qui ne pouvait plus m’aider, mais son corps mou tomba à mes côtés. Je vois une lame briller dans mon dernier rayon de soleil, une douce chaleur m’envahit, les cris s’éloignent, mes yeux deviennent noirs, Pierre est à mes côtés, j’ai mis ma main dans la sienne.

mardi 26 février 2008

Haikus en balade/Pauline Barathieu/2008


L'eau du ruisseau coule,
un arbre mort perd ses feuilles,
un papillon vole.

Les araignées marchent,
les oiseaux dans le ciel volent,
les limaces rampent.

Les arbres coupés
chantent aux feux des maisons,
dans la cheminée.

Haikus en balade/H. Barathieu/Atelier 2008


L’arbre mort coupé
En dérisoire piquet
Repart de sa base.

Le coton du ciel
Par le vent encore frais
Est effiloché.

Ocres des chemins,
Percées des fleurs éclatantes,
Palettes d’été.

L’insecte inconnu
Mange la feuille du chêne
Laisse la dentelle.

Le marcheur fourmi
Nargué par le papillon
Voudrait s’envoler.

Toujours élégante
La fougère des sous-bois
Porte robe à traîne.

L’eau descend toujours
Mais sa musique évolue
Selon son écrin.

Cailloux du chemin
Piétinés par les marcheurs
Crissent pour chanter.

mercredi 20 février 2008

Qui anime les ateliers ?


Journaliste indépendante, formée à l'écriture romanesque, j'anime depuis 2001 des ateliers d'écriture, de mémoire et de parole, auprès de tous publics.

Après des études d'anglais et une formation de journaliste, je rédige des articles pour diverses revues spécialisées dans le management et l'entreprise et j'effectue des travaux de traduction pour des agences de communication. Puis je collabore au premier quotidien français pour enfants (Mon Quotidien), aux revues de la Bibliothèque nationale (Trajectoire, Chroniques… pendant 8 ans), et pige pour différents journaux comme rédactrice ou secrétaire de rédaction (Le Point, Business Week, Canal magazine, Vie et Santé, Dirigeant…). Je portraiture beaucoup, pratique l'interview, ce sont mes genres favoris. Je me spécialise dans le social et la santé et garde toujours le contact avec le "monde de l'entreprise"…

Au fil des années, je me dirige vers la communication d'entreprise et des collectivités territoriales, puis vers l'édition, je collabore à des ouvrages scientifiques, rédige quelques sites web… Mais c'est "écrire" et "faire écrire" qui me tente… Je poursuis pendant trois ans une formation à l'écriture romanesque dans le but d'animer plus tard des ateliers. Et en 2002, je quitte la région parisienne pour m'installer en Cévennes et monter ce projet. En 2004, je crée Les ateliers du déluge, une association loi 1901, avec Julie Heendrickxen, Brigitte Audibert et Marc Guerra, trois compagnons de route…

Depuis, les Ateliers ont édité quelques petits livres à tirage limité, issus de rencontres nouées ici et là. Des pièces de théâtre "de carton", montées avec des enfants, ont vu le jour, et de nouveaux projets s'annoncent parmi lesquels des spectacles de chansons, car la chanson est une autre passion… Voilà, vous savez (presque) tout !
Marlen Sauvage